Pleine conscience et anxiété sportive: mieux gérer la pression pour performer
La pression fait partie intégrante de la compétition sportive. Peur de l’échec, crainte de décevoir, importance du résultat ou encore attentes de l’entraîneur : à l’approche d’une échéance, ces éléments peuvent alimenter l’anxiété en compétition. Mais pourquoi certains athlètes semblent mieux composer avec cette pression que d’autres ? Nous nous intéressons au lien entre la pleine conscience et l’anxiété sportive.
Une étude menée par Didon Permadi et Fivi Nurwianti s’est intéressée à deux ressources psychologiques : les habiletés de coping, c’est-à-dire les capacités permettant de faire face aux situations difficiles, et la pleine conscience (mindfulness). Les résultats suggèrent que cette dernière pourrait jouer un rôle particulièrement important dans la relation du sportif à l’anxiété compétitive.
Comprendre l’anxiété compétitive
Les auteurs distinguent deux dimensions de l’anxiété.
L’anxiété cognitive correspond notamment aux inquiétudes, à la peur de l’échec, aux pensées négatives ou encore au doute concernant ses propres capacités. Elle peut détourner l’attention de la tâche à réaliser et ainsi perturber la performance.
L’anxiété somatique correspond davantage aux manifestations physiologiques ressenties par le sportif : accélération du rythme cardiaque, modification de la respiration, tensions musculaires ou sensations inhabituelles dans le corps.
Toute activation physiologique n’est cependant pas nécessairement négative. Selon la manière dont elle est interprétée, elle peut également être considérée comme une préparation du corps à l’effort et devenir facilitatrice de la performance.
La question devient alors moins celle de la suppression de l’anxiété que celle de la relation que le sportif entretient avec ses pensées, ses émotions et ses sensations.
159 sportifs étudiés
L’étude porte sur 159 sportifs indonésiens âgés de 18 à 40 ans, dont 105 hommes et 54 femmes. Leur niveau sportif était élevé : 110 évoluaient au niveau national et 36 au niveau international. Plusieurs disciplines étaient représentées, notamment le tir, le volley-ball, l’athlétisme, les arts martiaux, le basketball, le football et le tennis.
Trois questionnaires ont été utilisés pour illustrer les liens entre pleine conscience et anxiété sportive :
- l’AAQ-II pour la flexibilité psychologique associée ici à la mindfulness,
- ,l’ACSI pour les capacités de coping et
- le CSAI-2R pour l’anxiété en compétition.
Il ne s’agit toutefois pas d’un programme d’entraînement à la pleine conscience. L’étude est observationnelle et corrélationnelle : les chercheurs n’ont réalisé aucune intervention auprès des sportifs. Elle permet donc d’identifier des relations entre les variables, mais pas de démontrer qu’un entraînement à la mindfulness provoque directement une diminution de l’anxiété.
La pleine conscience est associée à une moindre anxiété compétitive
Les résultats montrent que la mindfulness et les habiletés de coping considérées ensemble expliquent 29,8 % de la variance de l’anxiété compétitive. Les chercheurs ont examiné séparément les deux variables dans leur modèle. Ce qui est notable est que la mindfulness apparaît comme le prédicteur le plus important.
Ce résultat est particulièrement intéressant pour la préparation mentale.
Être pleinement conscient ne signifie pas chercher à supprimer une pensée négative ou une sensation désagréable. Il s’agit de rester attentif à l’expérience présente, avec moins de jugement. L’attitude est de conserver l’attention sur l’action en cours, sans laisser les pensées concernant l’échec ou le résultat nous envahir.
Ainsi, face à une pensée comme « je ne dois surtout pas rater », l’objectif n’est pas nécessairement de la combattre ou de la remplacer. Le sportif peut apprendre à reconnaître sa présence puis à ramener volontairement son attention vers ce qu’il doit faire maintenant.
De la gestion des pensées à l’acceptation
Cette perspective marque une évolution importante en préparation mentale. Les approches traditionnelles de Psychological Skills Training cherchent notamment à développer la confiance, la concentration, la fixation d’objectifs ou les stratégies permettant de faire face à l’adversité. L’ACSI utilisé dans cette étude mesure précisément plusieurs de ces compétences.
Les approches basées sur la mindfulness proposent une logique complémentaire : plutôt que chercher systématiquement à contrôler ou modifier les pensées et les émotions, le sportif développe sa capacité à les observer, les accepter et rester engagé dans l’action.
Les auteurs rapprochent notamment cette perspective du modèle Mindfulness-Acceptance-Commitment (MAC), développé spécifiquement dans le contexte sportif. L’objectif devient alors de maintenir une attention orientée vers la tâche malgré la présence éventuelle d’émotions ou de pensées inconfortables.
Une piste intéressante pour la préparation mentale
Ces résultats suggèrent que la flexibilité attentionnelle et psychologique constitue une ressource particulièrement intéressante lorsque le sportif évolue sous pression.
L’étude présente également plusieurs limites. Les chercheurs ont regroupé des sportifs issus de disciplines individuelles et collectives très différentes. De plus, l’anxiété a été mesurée dans une situation de sélection simulant une compétition, et non pendant une compétition réelle.
Malgré ces précautions, le message opérationnel est pertinent : être performant sous pression ne consiste pas nécessairement à ne plus ressentir d’anxiété. L’enjeu est d’apprendre à reconnaître ce qui se passe en soi, à ne pas se laisser absorber par les pensées liées au résultat et à revenir vers les informations pertinentes pour agir. Autrement dit, la pleine conscience ne cherche pas simplement à rendre le sportif plus calme. Elle peut l’aider à rester disponible pour sa performance lorsque la pression augmente.
ref : Anima Indonesian Psychological Journal 2018, Vol. 33, No. 4, 231-240
